Recenser les crimes de guerre

Recenser les crimes de guerre

À la Libération, la découverte de l’ampleur des crimes et exactions menés par les troupes d’occupation et la Milice en Dordogne provoque une grande émotion et une exigence de justice.

La répression est particulièrement intense depuis le printemps 1944.

Maxime Roux, désigné préfet par le Comité de libération au mois de juin 1944 sort de la clandestinité et s’installe à la préfecture de la Dordogne. Le 29 août il adresse une circulaire aux maires dans le but de rédiger un historique de l’occupation et de la libération du département. Cette initiative du préfet est menée avant même que le Gouvernement provisoire de la République française diffuse des circulaires pour recenser les crimes de guerre.

Avant la Libération la Résistance dénonce des crimes de guerre

1 3

Le crime d’Oradour-sur-Glane

Dans un tract diffusé à Périgueux le 8 juillet 1944 la Résistance condamne le crime d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) survenu le 10 juin (copie dactylographiée par la police). 1 W 1803

2 3
3 3

Les fusillés du 35e régiment d’artillerie à Périgueux.

L’édition spéciale du 21 août 1944 de Forces françaises (organe hebdomadaire du secteur nord de l’Armée secrète) rapporte l’exécution de 35 personnes par les troupes d’occupation au 35e régiment d’artillerie de Périgueux. Entre le mois de juin et le mois d’août 1944, 45 personnes y sont fusillées.

Les vœux de la Résistance : la justice et l’ordre

L’Armée secrète fait paraître dans La Dordogne libre du 9 septembre 1944 ses résolutions en matière de justice : les Résistants exigent que les crimes de guerre soient punis dans le cadre de l’ordre républicain.

Recenser les crimes de guerre en Dordogne

Le 29 août 1944, le préfet de la Dordogne nommé par le Comité départemental de libération demande aux maires de dresser un historique de l’occupation et des crimes de guerre commis dans leur commune.

La réponse des maires parvient rapidement à la préfecture de la Dordogne. Le plus souvent c’est l’instituteur ou l’institutrice (également secrétaire de mairie) qui répond avec une grande application. Une sélection représentative des réponses reçues par la préfecture est proposée ici.

1 9

Gageac-et-Rouillac

Le 4 octobre 1944, répondant à la circulaire du 29 août du préfet de la Dordogne, l’instituteur de Gageac-et-Rouillac recense avec soin les crimes commis de 1940 jusqu’au 22 juin 1944. 1573 W 8

2 9
3 9
4 9
5 9
6 9
7 9
8 9
9 9
1 10

Champagnac-de-Belair

La commune de Champagnac-de-Belair fait parvenir son historique de l’occupation et de la libération en y incluant une description du mouvement de Résistance sur son territoire. 1573 W 8

2 10
3 10
4 10
5 10
6 10
7 10
8 10
9 10
10 10
1 4

Saint-Astier

La réponse de la commune de Saint-Astier, dactylographiée, décrit les faits de 1943 jusqu’à la libération. Les combats et fusillades des 19 et 20 août 1944 y sont également présentés. 1573 W 8

2 4
3 4
4 4
1 11

Nadaillac

La commune de Nadaillac répond avec précision au mois d’octobre 1944. Le récit, rédigé par l’instituteur, décrit notamment la répression menée par la division Brehmer les 30 et 31 mars 1944 au hameau de la Forêt (incendie du village, arrestations et fusillades). 1573 W 8

2 11
3 11
4 11
5 11
6 11
7 11
8 11
9 11
10 11
11 11

Un témoin de l’incendie du hameau de la Forêt (commune de Nadaillac) le 30 mars 1944 : Jean-Louis Delbos.

Âgé de 11 ans en 1944 Jean-Louis Delbos habite avec sa famille au hameau de la Forêt (commune de Nadaillac) et assiste à l’installation d’un groupe de Résistants de l’Armée secrète puis à la répression menée par la division Brehmer.

Pour écouter le témoignage intégral de Jean-Louis Delbos sur le site Mémoires de Résistances : Jean-Louis Delbos – Souvenirs de la division Brehmer à la Forêt (Nadaillac)

Le Gouvernement provisoire de la République crée un service de recherche des crimes de guerre

1 4

Le 4 novembre 1944 le ministre de la Justice adresse une circulaire aux commissaires de la République pour le recensement des crimes de guerre. Par une ordonnance du 14 octobre 1944 un service de recherche des crimes de guerre a été constitué au ministère de la Justice mais dans l’attente de la mise en place d’organismes régionaux, le ministre demande que les crimes de guerre soient recensés au plus vite par les maires. Une méthodologie est proposée ainsi qu’une définition du crime de guerre et une typologie. Ce travail de collecte est déjà engagé dans le département depuis la circulaire du préfet du 29 août 1944. 1 W 1809

2 4
3 4
4 4

Recherche des crimes de guerre contre l’économie

Le service de recherche des crimes de guerre au sein du ministère de la Justice s’intéresse aussi aux crimes qui ont été menés contre l’économie du pays. Le 25 novembre 1944 le directeur de ce service attire donc l’attention du ministère de l’économie sur la nécessité de répertorier le pillage des richesses nationales. 1 W 1809

La gendarmerie enquête

Pour recenser les crimes de guerre, la gendarmerie départementale enquête et les brigades produisent de nombreux procès-verbaux et rapports dont on livre ici quelques exemples.

1 3

Pillage et incendie à Sainte-Alvère

Procès-verbal de la brigade de gendarmerie de Sainte-Alvère au sujet du pillage et de l’incendie de l’hôtel de la Boule d’or le 24 juin 1944. 1 W 1901

2 3
3 3
1 3

Meurtre du résistant Roger Célérier

Procès-verbal de la brigade de gendarmerie de Lanouaille au sujet du meurtre de Roger Célérier par les troupes d’occupation le 9 juillet 1944. 1 W 1901

2 3
3 3
1 2

Fusillade à Marsac

Procès-verbal de la brigade de gendarmerie de Périgueux sur la fusillade de six israélites à Marsac le 15 juillet 1944. 1 W 1901

2 2

La police enquête

Le commissariat de police de Périgueux enquête également sur les crimes de guerre. Le 16 octobre 1944 le commissaire de police recueille des informations sur les exécutions menées par les troupes allemandes à la caserne du 35e régiment d’artillerie divisionnaire de Périgueux.

L’exécution de Charles Mangold au 35e régiment d’artillerie à Périgueux : Jean-Paul Seret-Mangold.

Jean-Paul Seret-Mangold, natif de Strasbourg, arrive en Dordogne en 1940 à l’âge de seize ans. Son père, Charles Mangold (dit Vernois), était l’un des responsables de l’Armée secrète en Dordogne. Agent de liaison au sein des groupes Roland et Ancel, Jean-Paul Seret-Mangold a longtemps ignoré l’engagement de son père, avant de travailler à ses côtés pour la Résistance. Arrêté à Marsac le 7 août 1944 Charles Mangold est emprisonné au 35e régiment d’artillerie.

Pour écouter le témoignage intégral de Jean-Paul Seret-Mangold sur le site Mémoires de Résistances : Jean-Paul Seret-Mangold – Brigade Alsace-Lorraine

Un rapport sur les crimes de guerre en Dordogne

En réponse à la circulaire du ministre de la Justice du 4 novembre 1944, la police remet le 27 décembre 1944 un rapport de synthèse au sujet des crimes de guerre commis en Dordogne par les troupes allemandes et leurs auxiliaires. Ce volumineux document livre des éléments de contexte ainsi que les principaux criminels avant de présenter une synthèse des crimes par communes. Les cantons les plus frappés par la répression sont placés en tête du rapport. À la fin de celui-ci se trouvent des renseignements sur les principaux responsables des crimes, une liste de criminels de guerre et enfin une liste alphabétique des victimes. Ce rapport rédigé dans les premiers mois de la libération n’est pas exhaustif car les crimes ne sont pas encore tous connus.

Reproduit en de nombreux exemplaires, ce document se trouve dans plusieurs fonds d’archives. Celui qui est présenté ici provient des archives communales déposées par la ville de Périgueux. Il offre l’avantage d’être muni d’une table des matières facilitant la recherche des communes.

1 118

E dep 7331

2 118
3 118
4 118
5 118
6 118
7 118
8 118
9 118
10 118
11 118
12 118
13 118
14 118
15 118
16 118
17 118
18 118
19 118
20 118
21 118
22 118
23 118
24 118
25 118
26 118
27 118
28 118
29 118
30 118
31 118
32 118
33 118
34 118
35 118
36 118
37 118
38 118
39 118
40 118
41 118
42 118
43 118
44 118
45 118
46 118
47 118
48 118
49 118
50 118
51 118
52 118
53 118
54 118
55 118
56 118
57 118
58 118
59 118
60 118
61 118
62 118
63 118
64 118
65 118
66 118
67 118
68 118
69 118
70 118
71 118
72 118
73 118
74 118
75 118
76 118
77 118
78 118
79 118
80 118
81 118
82 118
83 118
84 118
85 118
86 118
87 118
88 118
89 118
90 118
91 118
92 118
93 118
94 118
95 118
96 118
97 118
98 118
99 118
100 118
101 118
102 118
103 118
104 118
105 118
106 118
107 118
108 118
109 118
110 118
111 118
112 118
113 118
114 118
115 118
116 118
117 118
118 118

Les publications

L’ampleur de la répression et l’émotion qu’elle provoque dans la société périgourdine mènent dès la fin de la guerre à la publication d’ouvrages et d’opuscules qui exposent et décrivent les crimes de guerre.

En 1945 René Delmas publie La Guerre allemande dans le Terrassonnais, ouvrage qui recense les crimes, incendies et destructions dans cette région du département. BIB A 106

En 1945 Serge Barranx (nom de plume de l’auteur régionaliste François Vignau) fait paraître Mouleydier, village martyr. BIB A 109

En 1946 Jean Bart (nom de guerre du résistant Jean Constantin) publie aux éditions Fanlac La Dordogne martyre qui expose les crimes et destructions menées dans les communes du département. BIB A 1935

Partager sur