" Ça m'est arrivé "... Être juif en Dordogne entre 1939 et 1944

Souvenir de la libération de Périgueux, sept. 1944, fonds Gruska, 1 Num 16.

Enquête orale réalisée par la sonothèque des Archives départementales.

Lorsque débute la Seconde Guerre mondiale, la Dordogne, où ne vit alors qu'une dizaine de familles juives, devient terre d'accueil ou de passage pour des dizaines de milliers de réfugiés. Elle est désignée pour recevoir ceux que l'on appelle les « repliés » du Bas-Rhin et de Strasbourg, parmi lesquels beaucoup sont issus de l'importante communauté israélite de Strasbourg. Ils tentent de s'adapter à ce nouvel environnement et de se structurer autour de certaines institutions ou personnalités israélites.


L'avènement de Vichy marque un tournant décisif par la mise en place d'une politique d'Etat anti-juive toute entière orientée vers l'exclusion puis la persécution. L'administration génère une législation qui cerne peu à peu tous les aspects de la vie quotidienne : elle crée pour les Juifs des centres d'internement temporaires (à Saint-Pardoux-la-Rivière, au Change, au gymnase Secrestat de Périgueux), des Groupes de Travailleurs Etrangers (à Agonac, Bergerac, Buisson-de-Cadouin, Calviac, Castelnaud-Fayrac, Chancelade, Mauzac, Saint-Astier), des centres pour des assignations à résidence, elle met en place de multiples recensements, préalable à la réalisation de fichiers juifs et au repérage de ces populations par le port de l'étoile jaune en zone Nord ou par le marquage du tampon « juif » sur les papiers d'identité en zone Sud.


En Dordogne, partagée par la ligne de démarcation, des rafles sont menées dès le mois de juillet 1942, puis en octobre 1942, puis en février 1943 par l'administration française, en collaboration avec les autorités d'occupation. Ces dernières, assistées par différents mouvements favorables à la collaboration (milice, PPF, etc.), poursuivent ces rafles jusqu'à la fin de la guerre. Le passage de la division allemande Brehmer, en mars-avril 1944, venue pour réprimer la Résistance et terroriser la population qui la soutient, se caractérise par des pratiques systématiques de recherche, d'exécution et de déportation des Juifs, dans la continuité de la politique connue sous le nom de « Solution finale ». La Bachellerie, Azerat, Sainte-Orse, Tourtoirac, Excideuil, Brantôme, Saint-Pancrace, Champagnac-de-Belair sont quelques-unes des communes qui composent cette mosaïque du malheur.

Ces thèmes ont fait l'objet d'une collecte de témoignages oraux, complétée par un travail de recherche en archives qui a donné lieu à la publication d'un ouvrage et à la réalisation d'une exposition sur ce sujet.

 

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