Un sceau dans le temps (exposition)

Un sceau dans le temps

(pré)histoire du sceau

Le principe de marquer sa présence, et de s’approprier un objet ou un lieu par la même occasion, existe certainement depuis des millénaires, et revêt bien des formes (peintures préhistoriques, graffitis sur les arbres, céramiques…). 

Graffiti arbre.
Graffiti arbre.

© Image de wirestock sur Freepik

Fragment d’ocre gravé, Blombos (Afrique du Sud). Vers -73 000.
Fragment d’ocre gravé, Blombos (Afrique du Sud). Vers -73 000.

© Chrishopher Henshilwood, licence Creative Commons.


Élan aux bois, grotte de Lascaux. Vers -18 000.
© Codex, licence Creative Commons.

Le sceau existe depuis la plus haute Antiquité ; il la précède même, puisque les plus anciennes traces actuellement connues ont été trouvées en Asie mineure et datent du VIIe millénaire av J.-C. Ces marques imprimées en creux et répétant le même motif pouvaient à la fois attester de l’identité de la personne ayant apposé la marque et garantir la fermeture de la jarre ou du contenant sur lequel elle était inscrite. Sur le site de Çatal Hoyuk en Turquie a été récemment mis au jour un petit tampon/sceau en terre cuite, qui aurait pu avoir cet emploi. Mais on retrouve également cet usage sur des peintures égyptiennes, notamment celles ornant la tombe de Parennefer.

Timbre-sceau, CatalHoyuk. Vers -6000 -5500. Ankara, Musée des civilisations anatoliennes.
Timbre-sceau, CatalHoyuk. Vers -6000 -5500. Ankara, Musée des civilisations anatoliennes.

© Zde, Créative Commons.


Bouchon de jarre, Baouit (Égypte). 7e-9e siècle.
© Musée du Louvre / Georges Poncet.

Le sceau s’associe à l’écrit

Cependant c’est en Mésopotamie où étaient utilisés, comme en Asie Mineure, des cachets en terre cuite, que l’usage du sceau associé à l’écriture se généralise. La matrice est cylindrique et elle est appliquée sur des tablettes d’argile. Ce sceau-cylindre est alors plus une signature qu’un mode de scellement et sa fonction est essentiellement administrative. Son usage s’étend à l’Égypte qui, comme la Mésopotamie, continue cependant d’utiliser des cachets. Ces sceaux-estampilles se diffusent largement et ne sont pas réservés à une élite. À partir du VIe siècle av. J.-C. le cachet retrouve un usage dominant, principalement dû au changement de support d’écriture : le papyrus, puis le parchemin, tendent à remplacer les tablettes d’argile. Plus petit, plus pratique, le cachet peut être utilisé comme un bijou, porté en pendentif, attaché à la ceinture ou même, dès le IIe millénaire av. J.-C., monté en anneau sigillaire.

C’est sous cette forme que le sceau sera utilisé à Rome.

Sceau cylindre, Mésopotamie. Vers -2250 / -2000
Sceau cylindre, Mésopotamie. Vers -2250 / -2000

Musée du Louvre, département des antiquités Orientales (AO 4699 ; CCO A. 191).
© Musée du Louvre / Chipault – Soligny

Scarabée cachet, Homs (Syrie). Vers -1 700 / - 1550
Scarabée cachet, Homs (Syrie). Vers -1 700 / - 1550

Musée du Louvre, département des antiquités Orientales (AO 4531 ; CCO A. 1083).
© Musée du Louvre / Antiquités orientales

Sceau à anneau ; sceau de la nécropole
Sceau à anneau ; sceau de la nécropole

© Musée du Louvre, département des antiquités égyptiennes.
© Musée du Louvre / Christian Décamps

Chevalière à chaton creusé, -664 / -525 (XXVIe dynastie)
Chevalière à chaton creusé, -664 / -525 (XXVIe dynastie)

Musée du Louvre, département des antiquités égyptiennes.
© Musée du Louvre / Christian Décamps

Bague. Époque gallo-romaine.
© Musée Vesunna / Bernard Dupuy

L’antiquité Gallo-romaine

Gagnés par les modes hellénistiques, l’aristocratie romaine adopte et diffuse l’usage des anneaux sigillaires. À l’origine importées du Proche-Orient, les intailles sont ensuite fabriquées par les artisans locaux qui signent leur précieuse production : les gravures sont réalisées, pour l’aristocratie, dans du jaspe, de l’améthyste, de l’émeraude… Mais on trouve également, chez les plus modestes, des anneaux sigillaires en matériaux moins noble comme la pâte de verre ou le métal.

Peu à peu, avec l’essor du christianisme, l’iconographie évolue et les symboles chrétiens (chrisme, poissons…) remplacent les dieux et symboles gréco-romains. Ces anneaux sigillaires, principalement utilisés dans un cadre privé, sont toutefois aussi employés de manière plus administrative. A la fin du Ve siècle, leur emploi est diffusé à travers tout l’empire. Les premiers rois francs en perpétueront l’usage.

Intaille – bague. Période hellénistique (200 avant J.-C.)
Intaille – bague. Période hellénistique (200 avant J.-C.)

© Musée du Louvre / Philippe Fuzeau

Bague à intaille. Fin 2e siècle / 3e siècle
Bague à intaille. Fin 2e siècle / 3e siècle

© Musée Vésunna / Bernard Dupuy

Le Moyen-Âge d’or du sceau

Charlemagne, empereur d’Occident (742-814). Huile sur toile de Amiel Louis-Félix (1802-1864).
© RMN-Grand Palais, Château de Versailles

Le haut Moyen-Âge : les mérovingiens et leurs sceaux chevelus

Les rois mérovingiens accordaient une importance particulière à la chevelure. Signe de pouvoir ou de puissance – étaient-ils particulièrement sensibles à l’histoire de Samson ? – ils se représentaient sur les pièces, comme sur les sceaux, en mettant en avant cet orgueil capillaire.

Cependant, si certains travaux du XIXe siècle mentionnaient la présence de cheveux, fibres ou poils de barbe dans la cire du sceau, aucune observation réelle n’avait pu être faite. À l’occasion de la restauration de deux sceaux mérovingiens aux Archives nationales, celui de Childebert III sur un document du 14 mars 697, et celui de Chilpéric II sur un document du 5 mars 716, des fibres ont pu être observées durant l’analyse. Considérées en premier lieu comme les traces d’une technique de consolidation des sceaux, une étude plus poussée a permis de montrer qu’il s’agissait en fait de cheveux ou de poils humains. Cependant s’il est admis que ces cheveux et poils ont été inclus dans la cire volontairement, on en ignore encore la raison : renforcement physique ou symbolique du sceau, matérialisation de la présence du sigillant… ?

  • Mèche de cheveux dans le sceau de Carloman, frère de Charlemagne, 769 (K 5, n° 11/1) ; 
  • Cheveux inclus dans un sceau de Childebert III, 694 (K 3, n° 12/1) ; 
  • Fibres végétales (chanvre ?) dans un sceau de Louis le Pieux, 822 (K 9, n° 8/1). 

© Archives nationales


La diffusion d’une pratique royale

Si le haut Moyen Âge a perpétué la tradition de l’usage du sceau, son développement à partir du XIe siècle a été assez considérable. La pratique de scellage des actes, qui était une prérogative régalienne, réservée à la chancellerie royale, se diffuse peu à peu. Cette diffusion se fait à la fois sur un plan hiérarchique et géographique : les chancelleries du haut clergé rhénan sont les premières à imiter le pouvoir royal, puis petit à petit cet usage est observé dans les rangs de plus en plus modestes du clergé ; et cette pratique de scellage suit un axe nord-sud. L’archevêque de Reims Gui 1er scelle à partir de 1040 et à sa suite Laon, Cambrai. Cette chronologie est, dans le Sud, plus tardive. Quelques évêques méridionaux avaient cependant scellé dans la deuxième moitié du XIe siècle : ceux d’Oloron et Die en 1081 celui de Valence en 1082. Cette nouvelle coutume fut, pour ces évêques, l'occasion d'affirmer leur pouvoir, récemment renforcé par la réforme grégorienne : Amat d'Oloron, archevêque de Bordeaux, fut légat du Pape Urbain II, de même que Hugues de Die ; Gontard de Valence fut longtemps archevêque de Vienne pendant la vacance du siège.

Gui Ier, archevêque de Reims, en 1053. Moulage, AN – St 7997.
Gui Ier, archevêque de Reims, en 1053. Moulage, AN – St 7997.

© Christophe Jobard

Et le Périgord ?

Le premier évêque du Périgord dont on peut légitimement supposer qu’il a utilisé un sceau est Raynaud de Thiviers, en 1101. La Collection Périgord de la Bibliothèque nationale conserve des copies de chartes qui nous éclairent sur cette pratique. Comme il ne s’agit que de copies, nous ne pouvons pas y voir de sceaux appendus, mais seulement leur annonce. C’est ainsi qu’à la fin d’une charte du 27 décembre 1101 apparaît cette première mention de l’usage d’un sceau par un évêque périgourdin. L’annonce du scellage est formulée ainsi : (...) proprio sigillo hanc cartam corroboro (...) trad. : « Je confirme cette charte avec mon propre sceau ».

Cette innovation, tout au moins pour la région, sera adoptée par la plupart des évêques périgourdins à sa suite. Car en Aquitaine, aux XIe et XIIe siècles, une autre pratique de validation était alors très répandue : celle de la nodatio (ou des nodatores). La parole engagée était attestée par un nœud fait à une courroie de cuir ou une bande de parchemin, passée au bas de l'acte. Cet usage a pu conduire à certaines confusions amenant à penser qu'un sceau était appendu à ces courroies de cuir. Sceau et nodatio étaient cependant annoncés différemment et, lorsque la pratique du scellage fut adoptée, l'annonce du sceau entraînait automatiquement la disparition de celle de la nodatio.

Le premier sceau dont une empreinte est conservée est cependant plus tardif. Il date de 1144, c’est celui de l’évêque Geoffroy de Cauze. Il a le même aspect que le sceau de l’archevêque de Reims : l’empreinte est ronde, le personnage est debout, de face, et fait un geste de bénédiction de la main droite, Gui 1er semble tenir un livre et Geoffroy tient sa crosse.

Raynaud de Thiviers. Copie d’une charte de Rainaud de Thiviers, concernant la donation de plusieurs églises à l’abbaye de Charroux. 1 3
Raynaud de Thiviers. Copie d’une charte de Rainaud de Thiviers, concernant la donation de plusieurs églises à l’abbaye de Charroux.

Fonds Périgord de la Bibliothèque nationale, tome 30, folio 170.

Raynaud de Thiviers. Copie d’une charte de Rainaud de Thiviers, concernant la donation de plusieurs églises à l’abbaye de Charroux. 2 3
Raynaud de Thiviers. Copie d’une charte de Rainaud de Thiviers, concernant la donation de plusieurs églises à l’abbaye de Charroux.

Fonds Périgord de la Bibliothèque nationale, tome 30, folio 170.

Chartes et documents pouvant servir à l'histoire de l'abbaye de Charroux 3 3
Chartes et documents pouvant servir à l'histoire de l'abbaye de Charroux

dom Pierre Goislard de Monsabert, dans Archives Historiques du Poitou, XXXIX, 1910, n° XXIV, p. 126-127.

Sceau de l’évêque Geoffroy de Cauze, 1144.
Sceau de l’évêque Geoffroy de Cauze, 1144.

© Bibliothèque Nationale de France, Bourgogne vol. 80 n°42, B 971.
http://www.sigilla.org/moulage/bourgogne-971-10282

Des formes, des matières, des couleurs…

Il ne s’agit pas d’une introduction à la Fashion week mais plutôt d’une illustration de la diversité d’aspect des sceaux durant tout le Moyen Âge.

Des formes.

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